Travis Touchdown, l'otaku qui vous veut du bien
La mise en scène timbrée ne prend personne de revers : Travis est un otaku (ou plus communément un nerd), il passe ses journées devant l'ordinateur, à lire des mangas, à jouer à des jeux vidéo débiles (à l'instant, un message subliminal). Travis s'emmerde dans ce monde et pour s'occuper, il aurait bien envie de tuer. Il va faire la rencontre dans un bar d'une fille qui l'a placé comme le 11ème meilleur assassin de Santa Destroy. Travis se met à rêver d'une chose qu'il n'aura jamais : Une nuit avec cette charmante mademoiselle. Et pour pas la décevoir, il compte bien franchir les étapes une par une pour s'imposer comme le number one en éliminant tout ses adversaires. Le jeu est donc séparé en 10 parties, chacune correspondant à la mort d'un assassin. Pour cela, Travis va se battre équipé de son sabre-laser et à coups de Combo de la mort qui tue, car il est comme ça Travis : Il fait pas dans la dentelle.
Et comme il est marginal, il préfère se payer une moto plutôt qu'un domicile un peu mieux que le vieux motel moisi dans lequel il vit. Résumons tout ce bordel : On se retrouve donc dans une ambiance très japonaise et décalée, évidemment accompagné de bonne pop qui vient de chez eux.
Petit bébé de Suda51
Travis, c'est peut-être vous (ou moi) qui sait ? Charmant, drôle mais qui se détache difficilement du côté loser présent en lui (notamment auprès des filles). Dès le début du jeu, on remarque ce touché artistique propre à Suda51 (auteur de Killer7). Travis et son look de bad-boy sans oublier la mise en scène "indémodable" nous rendent très vite, trop vite peut-être accro. Car pour le coup, No More Heroes, c'est la bonne affaire : Des graphismes avec un style rétro qui permet donc d'éviter d'en faire un jeu à la ramasse techniquement comme c'est trop souvent le cas. Mais No More Heroes c'est aussi une jouabilité simple et intuitive qui se fera même désirer des détracteurs de la Wiimote. Cette jouabilité nous est expliquée dans un didacticiel complet et facultatif (saluons l'effort). On pourra toujours dire que les mouvements ne sont pas non plus présents par dizaines, mais dans l'euphorie, on tape et on retape avec un plaisir toujours renouvelé.
Un séjour à Santa Destroy, c'est comment ?
Santa Destroy, c'est ici qu'auront lieu tous vos crimes. Travis n'y pique pas son statut d'assassin, la ville est un peu morte. On y retrouve tout de même quelques options secondaires appréciables. On commence tout d'abord par le motel de Travis : Il pourra s'assoir sur ses toilettes pour sauvegarder la partie, lire ses messages, changer de tenue, câliner "Jeane" sa chatte, se regarder des vidéos de catch qui lui permettront d'améliorer ses compétences et quelques autres surprises. Il aura également la possibilité d'améliorer sa condition physique par des entrainements payants assez drôles : Lever alternativement le Nunchuk et la Wiimote pour faire des flexions, s'exciter sur A pour faire ses haltères du jour. Ça, c'est le bon moyen de dépenser tout son pognon. Mais le pognon, comment l'obtient-on ? Il suffit de faire quelques missions annexes comme tuer des yakuzas d'une façon précise, tondre la pelouse, ramasser des noix de coco et tout ceci dans un temps limité. Ces missions sont à réclamer auprès de deux "centres d'emploi". Elles vous permettront de payer la mise à mort de votre prochaine victime et ainsi d'accéder au boss. Ces assassins (ou bosses) sont précédés d'une présentation très léchée de leur personnage atypique, dont je ne vous dirai rien.
Une jouabilité au sabre
Travis aura donc en main un sabre-laser mais également une "grosse moto" qui servira à se déplacer dans la ville de Santa Destroy. La première partie est une consécration : La jouabilité imaginée par Suda51 est d'une justesse méticuleuse et parfaite, un exemple pour tous. Il ne suffit que d'appuyer sur A en tenant la Wiimote en haut ou en bas pour enchainer les coups. Chaque yakuza peut se finir d'un coup mortel en suivant l'indication donné par la flèche sur l'écran : Suivez le sens de la flèche avec la Wiimote et Travis assènera un coup ou une prise surpuissante... Simple mais terriblement addictif. Il faudra tout de même éviter les attaques adverses en effectuant des roulades sur les côtés à l'aide d'une touche directionnelle. Et cela ne s'arrête pas là, nous pourrons être amenés à faire du base-ball avec notre sabre laser (quand je vous dis que ce jeu est barge). Le sabre-laser atteint parfois ses limites, et il sera toujours bon de faire une petite pause pour le recharger pendant un combat et ainsi repartir du bon pied.
Montons à moto pour vous parler du roadster de monsieur. Cette imposante moto peine à satisfaire, la conduite étant trop malheureusement rigide malheureusement. On saura s'en contenter pour cette fois-ci, de toute façon celle-ci ne servant qu'à aller d'un lieu à un autre, soit des balades d'une minute pas plus. En revanche, les possibilités que proposent les 3 vues différentes sont bonnes. En passant à une vue "intérieure", la sensation de conduire une vraie moto est bien plus représentative et nous enlève le côté très rigide de la conduite que je vous signalais plus haut. On constate moult bugs de collisions mais on les excuserait presque tant les graphismes sont sympathiques.
Le son quant à lui ne concède aucun défaut et a été très bien pensé, pour exemple : La Wiimote vibre comme un téléphone portable, vous décrochez, vous tendez l'oreille vers la Wiimote pour écouter la conversation, certes le tout en anglais mais avouez que c'est la classe, non ? Nous avons même droit à un petit clip vidéo animé très bien réalisé à lire sur la télé du motel, encore faudrait-il aimer le genre. Pour le reste, le jeu est donc entièrement en anglais dans les textes, mais sous-titré en français.
... Et la censure frappa !
Jugée trop violente, la version européenne (tout comme la japonaise) a malheureusement eu le droit à un retouchage avant d'arriver jusqu'à nous. En effet, au contraire de la version américaine, Suda51 n'a pu qu'abdiquer en ne laissant apparaitre aucune profusion de sang. Ce sont donc des cendres qui remplacent le sang, maigre consolation pour nous autres Européens, toujours désavantagés. Cette censure s'explique néanmoins logiquement par le fait que Suda51 ne voulait pas voir son marché se rétrécir à cause d'une sanction du PEGI. No More Heroes perd dans la censure beaucoup de son charme, mais en garde néanmoins beaucoup sous le capot... Ce qui nous laisse le gros regret de n'avoir jamais vu tourner le jeu non-censuré, plus agréable et en concordance avec les dialogues. Ainsi, on lira parfois des répliques contenant le mot "sang" alors qu'aucune trace de sang n'est visible. Un peu gênant tout de même.
Bilan de santé
No More Heroes est donc la confirmation de la puissance fédératrice de la Wii, et pour ceux qui n'y croyaient plus beaucoup, c'est un très grand espoir que Suda51 nous envoie : Une exclusivité Wii non éditée par Nintendo avec le potentiel d'un blockbuster, ça existe bel et bien. Vous n'avez aucune raison pour passer à côté de ce titre totalement givré et décomplexé. S'il ne fallait retenir qu'une seule chose, ce serait la mise en scène du jeu époustouflante, digne de Quentin Tarantino. Et même après lecture de ce test, No More Heroes vous réserve encore beaucoup de surprises...